Cabinet en gestion de patrimoine

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Préface de Jacques Domergue
Avant propos
Présentation
Introduction

Présentation

Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie
et qu’écrit la raison.

André GIDE

 Au crépuscule de l’humanité, des hommes décidèrent de se regrouper pour vivre ensemble; de nombreuses raisons les y conduisirent. Parmi elles, il y avait très certainement la nécessité de répondre au besoin de sécurité pour des groupes familiaux qu’ils constituaient et au sein desquels ils vivaient. La notion du partage des responsabilités à assurer et des tâches à accomplir au sein de leur future communauté qu’ils allaient constituer, prévalait très certainement. La chasse, qui permettait de continuer à assurer la survie de l’espèce, constituait un important aspect de ce changement, tour à tour profond et structurant. D’autres raisons ont elles aussi contribué à ce changement de vie sociale, telles que la satisfaction d’un besoin de sécurité et, très certainement aussi, l’envie de vivre avec ou, à tout le moins, à proximité de ses contemporains.

Cette première et grande mutation marquera de manière irréversible l’humanité tout entière. Elle la conduira, bien des millénaires plus tard, à passer de la tradition orale à l’écriture, marquant ainsi la naissance de cette période de l’histoire que nous appelons l’Antiquité. D’une manière irréversible, elle ouvrait à tous les hommes les portes de la connaissance et donc du progrès. Merveilleuse et indescriptible aventure qui depuis lors les a conduits à être capables de concevoir ce qu’il y a de plus beau comme ce qu’il y a de plus laid, à travers les sciences, qu’elles soient appelées dures ou douces. Cette extraordinaire mutation, qui ne s’est jamais interrompue au cours des précédents millénaires, se poursuit aujourd’hui encore. À elle seule, elle constituera la plus belle et la plus puissante expression de la vie quand sera venu le jour du dernier coucher de soleil sur l’orient, quand l’homme s’en retournera pour toujours vers l’infiniment grand de la nuit éternelle de laquelle il procède.

Arrêtons-nous quelques instants sur les deux définitions de la vie. Celle du dictionnaire, tout d’abord, nous enseigne qu’elle est l’ensemble des phénomènes assurant l’évolution de tous les organismes animaux et végétaux, depuis la naissance jusqu’à la mort. La vie est aussi synonyme de l’existence humaine, de vitalité et d’entrain. Elle est alors l’expression de notre propre expérience, malaxée et pétrie tout au long de notre cycle. Il y a tout d’abord l’évolution au sein de la cellule familiale puis, plus tard, au contact des autres. Tout d’abord, au sein du système éducatif puis, dans le milieu professionnel et pour finir, dans la sphère privée. La vie est synonyme de pulsions dont elle est par nature porteuse. Elle est, avant toute chose, cette irrésistible et vertigineuse envie de continuer à vivre qui caractérise l’ensemble des espèces vivantes. C’est elle et elle seule qui fait progresser l’humanité sur le chemin de l’existence. La vie n’est plus la vie dès lors qu’elle ne peut pas ou ne peut plus continuer à être. Lorsqu’elle s’interrompt, s’ensuit alors immédiatement la mort et avec elle, la fin irréversible du cycle. C’est très exactement cette puissance qui caractérise la vie, par opposition à la mort. C’est cette même force intérieure qui anime tous les organismes vivants, depuis l’apparition du premier d’entre eux il y a près de douze milliards d’années, quelque part dans cet univers immense, mystérieux et en perpétuel mouvement.

C’est encore cette même pulsion de vie qui a permis à l’humanité de progresser sans discontinuer, depuis l’apparition du premier d’entre nous. Les hommes étaient-ils pleinement conscients de l’évolution qu’entrainaient des mutations aussi profondes que l’avènement de l’écriture ? Aujourd’hui et bien modestement, je suis parvenu à l’idée que chaque fois que sont intervenues ces mutations, les hommes les mesuraient puisqu’ils étaient souvent à l’origine de ce processus dynamique. Ces métamorphoses sont l’expression vivante de l’évolution lente et irréversible de la vie. C’est aussi la raison pour laquelle je crois qu’au travers de leur lente assimilation, les hommes en ont toujours mesuré les conséquences. L’Homme n’a jamais pu être le spectateur de sa propre existence puisqu’il en a toujours été l’acteur. L’échelle de ces transformations n’est graduée ni en mois ni en années, mais en siècles. Elle nous invite à faire preuve de beaucoup d’humilité.

Chaque fois que l’humanité a franchi une étape majeure — telle la découverte du feu ou l’apparition de l’écriture — elle a connu d’importants progrès dont l’assimilation a été rapide. Le feu a permis une très nette amélioration du cadre de vie des populations et de leurs habitudes alimentaires. L’avènement de l’écriture a, quant à elle, introduit cette merveilleuse capacité d’universaliser et de transmettre le savoir à leurs contemporains comme aux générations futures. Les hommes ont toujours été animés par le désir de s’adresser à leurs semblables, afin de pouvoir leur léguer l’accumulation des connaissances dont ils étaient jusque-là les dépositaires. Je suis triste à l’idée de savoir que cette volonté s’estompera le jour où l’humanité disparaîtra, puisqu’elle est la principale expression de la vie, synonyme de volonté, de progrès et de savoir.

Je crois que cette volonté est à l’homme ce que l’ADN est à la cellule vivante. Je suis intimement persuadé que cette puissance inhérente à l’homme devait être décuplée au cours de cette longue période, durant laquelle l’humanité ne connaissait que la tradition orale. Pour s’en convaincre, il n’est que de penser aux dessins qui ornent les grottes de Lascaux, Cosquer, Chauvet et bien d’autres encore à travers le monde. Elles sont recouvertes de dessins magnifiques et de peintures particulièrement représentatives, qui en disent long sur les capacités et les aptitudes de leurs différents auteurs à vouloir léguer aux générations futures de tels messages de vie. Ils constituent des témoignages émouvants que la vie a voulu nous faire parvenir de ces temps reculés de notre histoire. Ces clichés, qui expriment de manière fidèle et simple la vie quotidienne de ces hommes et de ces femmes qui nous ont précédés sur le chemin de l’existence, sont des photographies d’alors. Leurs messages sont aussi et surtout l’expression de leur volonté de s’adresser aux générations futures. Parce que cette époque correspond à l’enfance de l’humanité, les dessins et les peintures qu’ils ont posés sur des murs, sont l’expression émouvante de leurs premiers cris. Je suis triste à l’idée de savoir que certaines grottes resteront à jamais plongées dans le silence de la nuit éternelle. Parce que le regard des hommes ne se posera jamais sur eux, les messages gravés ou dessinés par leurs auteurs ne seront jamais délivrés aux hommes. Plus près de nous, songeons aux premiers explorateurs venus du pourtour du bassin méditerranéen faire échouer leurs petites embarcations sur les rivages de nos côtes méridionales. Était-il concevable qu'une telle beauté de la nature ne puisse pas séduire ces navigateurs venus jusqu'ici, guidés par le soleil d'Orient ? Ils ont déposé sur les grains de sable brillants de ces rivages inhabités, les germes de la civilisation occidentale qu'ils tenaient entre leurs mains et qui animaient leur cœur de missionnaires. Étaient-ils conscients de la force et de la puissance des desseins dont ils étaient porteurs pour les générations futures? Ensemble, ils étaient animés par une même foi et détenaient l’expression du plus beau des messages qui puisse habiter le cœur des hommes : définir les bases d'un monde en devenir, qui conditionnerait la vie de l'humanité tout entière, par-delà les siècles et les millénaires. Bien plus tard, la réalité a dépassé toutes leurs espérances. Ainsi, après Athènes, ils ont construit Syracuse.

En déposant la vie sur cette plage isolée des bords de la mer Méditerranée, ils étaient porteurs d’une conception accomplie de la vie. Avant eux, leurs pères avaient exprimé leurs interrogations sur les origines de la vie, dans une partie du continent africain et dans les vastes plaines alluvionnaires du Moyen Orient. Bien plus tard, dans un orient et un occident lointains et souvent imaginaires pour chacun, d’autres hommes ont donné naissance aux mathématiques, construit des temples et des pyramides, sculpté des statues géantes pour louer des divinités, exprimant ainsi leurs interrogations sur la vie et leurs espérances devant la mort. Je ne sais si ces hommes et ces femmes connaissaient les dimensions de la page qu’ils avaient commencé à écrire sur le grand livre de la vie. Mais ce dont je suis convaincu, c’est qu’ils étaient animés par une force intérieure à la fois puissante et noble, qui les conduisait à vouloir découvrir les limites géographiques de leur espace de vie quotidien. C’est cette force et elle seule qui a permis à l’humanité de progresser sur les chemins de la découverte, qu’elle soit humaine, spirituelle, géographique ou scientifique. Cette force s’appelle la vie, à la fois belle et fragile. L’histoire nous enseigne que l’ambition a toujours été le moteur de la vie. Elle est aussi l’expression du progrès des civilisations en vue de parvenir un jour à leur accomplissement. Si les Hommes n’avaient pas été ambitieux, l’humanité n’aurait jamais progressé sur le chemin de la vie. Elle aurait très certainement régressé, puisque son développement en aurait été profondément et durablement affecté. De même que le progrès est issu de la vie, l’ambition nourrit le progrès.

Prenons conscience que nous ne sommes qu’au tout début d’une période qui, de manière durable et irréversible, marquera l’avenir de l’humanité et constituera une phase significative de son histoire. Nos esprits imbibés de science moderne voient « la relativité » partout. Demain, comme hier et davantage qu’aujourd’hui, les sciences humaines rejoindront à nouveau les sciences expérimentales, pour ensuite les précéder sur le chemin de la r é flexion que les hommes n’ont jamais cessé de conduire. Demain, l’Homme restera capable de définir la trajectoire de son avenir. Il est, par définition, libre et seul maître de son destin. De l’analyse qu’il effectue aujourd’hui, dépendra irrémédiablement le quotidien des générations futures, puisqu’il est en train d’en définir à la fois le contenant et le contenu. Son intelligence, sa capacité d’analyse, sa sagesse et sa spiritualité sont de nature à lui permettre de réussir cette nouvelle et importante mutation avec laquelle l’Histoire lui donne rendez-vous. Gageons qu’il aura la grandeur d’esprit et la générosité d’âme d’en affronter le visage pour définir l’architecture d’un monde meilleur en devenir.